Un destin qui frappe l’imaginaire - Portrait du Dr Hugues Loemba

Publié le lundi 13 septembre 2021

Dr Hugues Loemba

Dr Hugues Loemba

L’homme en blouse blanche

Par Claudine Auger

D’aussi loin qu’il se souvienne, Hugues Loemba s’est toujours visualisé habillé de blanc. « De la soutane du prêtre ou de la blouse du médecin », confie-t-il de sa voix chaleureuse. Une ambition ancrée très loin dans sa mémoire. Alors qu’il avait à peine deux ans, il a été gravement malade. Son père, inquiet d’une forte fièvre qui perdurait depuis plusieurs jours, le mena à l’hôpital. « Mon père m’a raconté avoir attendu des heures durant. Il voyait les fonctionnaires passer, nous ignorant, nous, les indigènes. Il m’a finalement ramené à la maison, sans avoir réussi à me faire voir par un médecin. Mais il a promis que si Dieu me laissait vivre, son fils deviendrait prêtre ou médecin! Quelques heures après être rentré, la fièvre est tombée et j’ai recommencé à manger », Hugues Loemba entre donc au Séminaire, puis se rend compte que la prêtrise n’est pas sa voie. Restait le chemin de la médecine : prêt à tout pour concrétiser son destin, le jeune homme obtient une bourse… pour étudier en Ukraine. Le choc est multiple! « Je sortais du Séminaire pour me rendre en terre athée, au climat glacial de surcroît, moi qui venais d’Afrique! Et dans ce pays communiste de l’ex-URSS, il me fallait apprendre le russe. Devant tous ces défis d’adaptation, j’ai compris que je possédais des ressources dont je n’avais pas conscience », relate avec sagesse celui qui a dû passer une année entière à l’apprentissage de cette nouvelle langue avant de se consacrer aux études de médecine, à Kiev.

Travailleur acharné, il passe de nombreuses heures au laboratoire de microbiologie trois fois par semaine après les cours, en tant que stagiaire volontaire, à explorer les virus. Et durant les vacances d’été en 1980, n’ayant pas froid aux yeux, il s’engage à la construction du chemin de fer en Sibérie dans une région proche du cercle polaire, perfectionnant du même coup sa connaissance du russe. « Nous n’étions que cinq étrangers dans cette horde d’ouvriers dont certains n’avaient jamais vu de Noirs! » Lorsque le jeune médecin retourne en sa terre natale, il doit se familiariser avec la pratique médicale en français, dont il ne connaît pas la terminologie. Pour le reste, celui qui a connu Tchernobyl est armé pour affronter ce qui l’attend. « En avril 1986, deux mois avant la fin de mes études en médecine, lors de la catastrophe nucléaire historique, je me trouvais à Kiev à environ 100 km de ce terrible accident. Heureusement, à cause des vents, Kiev a été largement épargnée. Je suis un miraculé! Mais après cette bombe nucléaire, je suis retourné chez moi pour constater une bombe virale, celle du sida ». Le Dr Hugues Loemba prêtera main-forte en tant que médecin civil à l’Hôpital militaire de Brazzaville au Congo, prenant soin des patients atteints du VIH. « À cette époque, l’épidémie faisait des ravages, les gens atteints ne survivaient pas. J’ai vu tellement de gens mourir. Il y avait, en plus, la tuberculose. Deux infections terribles ». Après huit années sur le terrain, ayant vu tant de gens décimés par le sida, il décide de pousser plus loin ses connaissances en virologie. Grâce à une bourse de l’ACDI, il vient étudier au Canada, à l’Institut Armand-Frappier à Laval, où il décroche une maîtrise en faisant des recherches sur un virus de la même famille que le nouveau coronavirus de la Covid-19. Il poursuit ensuite ses recherches sur le VIH-SIDA, en étudiant les variants du VIH de sous-type C et leurs mutations de résistance aux médicaments et obtient un doctorat de l’Université McGill en médecine expérimentale appliquée. Il ne retournera pas au Congo, les tensions politiques rendent le pays dangereux.

Après avoir repassé ses examens de médecine et avoir travaillé à Moncton, au Nouveau-Brunswick, il aboutit à Ottawa où il peut se consacrer à la virologie dans une clinique spécialisée en VIH. Puis, il découvre Montfort, où il se sent immédiatement chez lui. « Pour moi, Montfort est un symbole, celui du combat des Francophones, et je suis sensible à cette cause, à la lutte d’une minorité faisant valoir ses droits. Je viens d’un pays où les langues locales sont multiples. J’ai étudié la médecine en russe, la virologie en français, avant de pousser au doctorat en anglais! Je sais ce que c’est, que d’apprendre dans une autre langue. Et je veux participer à cet effort commun de donner les moyens aux francophones d’évoluer dans leur langue », soutient le Dr Hugues Loemba, clinicien, chercheur et professeur de médecine à l’Université d’Ottawa.

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