La Journée de la francophonie, une façon de sensibiliser les futurs médecins à la vulnérabilité de la minorité linguistique

Publié le mardi 16 mars 2021

Au Canada, nous vivons avec l’idée que les francophones minoritaires comprennent et parlent couramment l’anglais. Cependant, malgré cette impression ancrée de bilinguisme, deux réalités culturelles et linguistiques se côtoient sans toujours se compléter. Qu’en est-il de la responsabilité sociale liée aux minorités linguistiques francophones canadiennes? Et que faire pour atténuer le fossé perçu au niveau de la qualité des soins prodigués par un médecin anglophone unilingue à un patient francophone ? La journée de la francophonie est là pour sensibiliser les étudiants de médecine de première année à ces questions épineuses.

Les données, ainsi que la recherche, démontrent bien que les francophones en situation minoritaire ont un profil démographique et socio-économique défavorable par rapport à la majorité, surtout lorsque le tout est considéré du point de vue des déterminants de la santé. Population plus âgée, moins éduquée, moins nantie et vivant en plus grandes proportions dans des régions rurales ou éloignées ne sont que quelques éléments considérés comme étant moins favorables à la santé, sans compter le fait que l’accès aux soins dans leur langue demeure limité. Les données sur la santé de ces populations renchérissent le tout : moins bonne santé réelle et perçue, habitudes de vie moins saines, plus grande prévalence de maladies chroniques ou d’autres problèmes de santé, etc. Puis, qui dit population vulnérable dit plus grande difficulté à prendre des décisions éclairées sur leur santé.

Une telle situation est aggravée lorsque patient et médecin ne s’expriment pas dans la même langue. Car, si les francophones minoritaires sont exposés en tout temps à l’anglais, le vocabulaire d’usage pour les soins de santé n’est pas celui qu’ils utilisent quotidiennement. Aussi, incertitude, mauvais diagnostic ou surenchère d’examen sont plus courants pour les patients francophones minoritaires et s’ajoutent à leur stress et à leur vulnérabilité. Et que dire du sentiment d’impuissance du praticien qui peine à venir en aide à son patient de la même façon efficace que s’il le comprenait tout à fait?

Sensibiliser les étudiants de médecine à cette réalité, leur faire prendre conscience de leur responsabilité sociale, tels sont les objectifs de la Journée de la francophonie, activité organisée annuellement par les Affaires francophones de la Faculté de médecine. Cette année, c’est une formule revisitée qui a été proposée aux participants. En effet, les étudiants des deux volets ont été jumelés lors de cliniques simulées linguistiques. Le but de ce jeu de rôle formatif s’articulant autour du scénario où un patient est à la recherche d’un nouveau médecin de famille s’est déroulé dans une langue complètement étrangère pour les deux participants. Ils ont ainsi pu comprendre que, dans de telles conditions, l’obtention d’un consentement, par exemple, peut vite devenir compliquée. Suite à cette expérience, c’est en petit groupe et sous la direction des Drs Benoît et Garibh que les étudiants ont partagé leurs ressentis.

Les connaissances apprises ont pu être validées et soutenues par des concepts théoriques le 9 mars dernier, lors de la présentation de la Dre Manon Denis-LeBlanc, vice-doyenne des Affaires francophones. Dre Denis-LeBlanc a discuté avec eux des principes de l’offre active, qui consiste à proposer, de façon proactive et dès le premier contact avec le·a patient·e, un ensemble de services en français avec confiance et conviction. Les futurs médecins ont pu ainsi constater que de petits gestes simples peuvent améliorer sensiblement le sentiment de sécurité de leur patient vivant en minorité linguistique et d’éviter des erreurs médicales. La journée s’est terminée par un spectacle du célèbre groupe franco-ontarien Improtéine qui a su, avec beaucoup d’humour, improviser autour des thèmes de la francophonie et de l’offre active, et ce dans les deux langues.

Haut de page