La réalité virtuelle s’invite dans les pratiques simulées

Publié le mercredi 12 mai 2021

Image symbolisant la réalité virtuelle

Auteurs : Dr Sylvain Boet, Dre Isabelle Burnier, Dre Manon Denis-LeBlanc, Dr Salomon Fotsing, Dr Fahad Alam, Jo-Ann Khoury, Richard Leger.

Près d’un demi-siècle après la mise sur pied de la Loi sur les langues officielles au Canada, il existe encore d’énormes disparités quant à l’accès aux soins de santé en français pour les minorités francophones. Plus d’un patient francophone en milieu minoritaire sur trois indique ne pas avoir accès aux soins de santé en français. Chaque année, le volet francophone de la Faculté de médecine de l’Université d’Ottawa forme des médecins capables de desservir ces populations, mais le besoin reste encore immense. À la Faculté, de nombreuses modalités d’enseignement sont utilisées pour former ces futurs médecins francophones, notamment les cliniques simulées. Une séance de clinique simulée nécessite une triade composée d’un étudiant, d’un enseignant et d’un patient simulé. Quinze jours avant la séance, ceux-ci reçoivent un scénario décrivant l’affection biopsychosociale du personnage à jouer. Pour se préparer à la séance, le patient simulé doit mémoriser le scénario afin d’interpréter le personnage tandis que l’enseignant et l’étudiant doivent prendre connaissance du scénario et des objectifs d’apprentissage. Ces cliniques effectuées en français ont non seulement montré leur efficacité pour la formation de ces étudiants, mais bénéficieraient grandement aux autres étudiants en médecine en situations linguistiques minoritaires ailleurs au pays. Or, cette modalité d’enseignement présente des défis organisationnels et financiers, limitant ainsi sa dissémination à l’ensemble des étudiants francophones au Canada. La réalité virtuelle offre certains des avantages des cliniques simulées interactives tout en proposant des solutions concrètes aux défis organisationnels et financiers.

Contrairement à la séance de clinique simulée en présentiel qui nécessite la présence physique d’un patient simulé, d’un enseignant et d’un étudiant dans la même salle de classe à la Faculté, dans une séance en réalité virtuelle, les trois parties sont à des endroits différents. En effet, l’étudiant est à un endroit distinct de celui du patient simulé et de l’enseignant. L’étudiant porte un casque de réalité virtuelle sur la tête qui lui permet d’être immergé dans la salle de consultation du patient simulé, lui-même présent à un autre lieu géographique muni d’une caméra 360 degrés et d’un écran 2D classique type-écran d’ordinateur. Ainsi, l’étudiant est virtuellement « transporté » dans la pièce avec le patient simulé et a l’impression d’être assis en face de celui-ci et de l’interroger en direct et en personne. L’enseignant quant à lui observe aussi l’interaction entre l’étudiant et le patient simulé depuis un autre lieu au moyen de son écran classique.

Nous allons expérimenter cette nouvelle modalité grâce au soutien financier du Consortium National de Formation en Santé (CNFS). Dans le cadre du concours « Soutien à la recherche sur la santé des communautés francophones_ 2021 » du CNFS, l’équipe de recherche sur la réalité virtuelle des Affaires francophones de la Faculté de médecine a récemment obtenu une subvention de 40 000$ pour un projet sur 2 ans. Cette subvention permettra de mener le projet de recherche de type « essai contrôlé randomisé » visant à évaluer l’efficacité relative de la réalité virtuelle par rapport à la clinique simulée auprès des étudiants francophones. Nous faisons l’hypothèse que la réalité virtuelle sera aussi efficace que la clinique simulée pour l’apprentissage des habiletés de communication avec le patient lors des consultations.

En fin de compte, ce projet permettra de mieux outiller les étudiants en médecine francophones vivant en situation linguistique minoritaire au Canada en leur permettant d’accéder aux cliniques simulées en réalité virtuelle. Ces cliniques en réalité virtuelle leur permettront de mieux se préparer non seulement aux examens de certification, tels que les Examens Cliniques Objectifs Structurés (ECOS) du Conseil médical canadien, mais aussi à un autre niveau, pour être plus compétent face aux patients francophones en contexte réel dans les milieux cliniques.

 

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