Vivre le bilinguisme pour mieux aider les patients – Une étudiante de médecine franco-ontarienne raconte

Publié le lundi 13 septembre 2021

Niève Séguin, promotion 2023

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Je viens d’un tout petit village à environ 35 minutes d’Ottawa. En grandissant dans un environnement majoritairement francophone en Ontario, le concept de minorité francophone n’avait pas toujours son sens. La barrière linguistique ne m’avait jamais causé de défis majeurs et la plus grosse problématique était souvent référée à se faire servir en français pour la commande au Tim Horton du village. Je n’étais pas non plus affectée par l’assimilation parce que je n’étais pas à l’aise pour m’exprimer en anglais. J’étais consciente de mon accent francophone et de ce que mes pairs allaient penser de mes erreurs linguistiques, de mon manque de vocabulaire en anglais ou même de ma manière de prononcer certains mots.

C’est en déménageant à Ottawa que j’ai réellement compris la signification de la minorité francophone, mais pas de la manière que je pensais. Par mes multiples engagements, il était important que je sorte de ma zone de confort puisque je n’avais pas le choix que de m’exprimer en anglais. Ceci m’a permis de développer ma deuxième langue et de me sentir de plus en plus à l’aise dans celle-ci. Toutefois, plus je développais mon anglais, plus je perdais ma francophonie. J’ai réalisé que malgré l’avantage du bilinguisme, je devais garder en tête ma langue maternelle. La solution n’était pas d’arrêter de développer ma deuxième langue, mais plutôt d’adapter ma mentalité au sujet du bilinguisme et de l’assimilation. J’ai compris que le fait de m’exprimer dans les deux langues ne se limite pas à mon utilisation du français ou de l’anglais mais s’étend plutôt au privilège que j’ai de pouvoir parler en français et en anglais. C’est avec cette réalisation que ma fierté pour ma francophonie a grandi, que l’importance de la francophonie en milieu minoritaire a pris son sens et que j’ai finalement pu être fière de mon accent franco-ontarien!

Cette réalisation a pris encore plus de sens lors de mon acceptation en médecine. Savoir que je peux desservir les populations anglophones et francophones me rend encore plus fière et me rappelle constamment le privilège que je possède. Mon conseil serait d’ignorer la peur de parler dans sa deuxième langue et d’avoir un accent (que ce soit en français ou en anglais) parce que la fierté qu’apporte le fait de pouvoir aider des gens dans leur langue maternelle finit par l’emporter sur la peur de faire des erreurs de syntaxe. En communiquant autant en français qu’en anglais avec mes patients et en me rappelant de l’importance de ceci, j’exerce un privilège unique qui me suivra tout au long de ma carrière en médecine!

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