Intervention face à l’apparition du variant Omicron : Le Dr Marc-André Langlois dirige un réseau national qui se penche sur les principales interrogations entourant le nouveau variant de la COVID-19

Publié le vendredi 3 décembre 2021

Par David McFadden
Rédacteur scientifique

Dans les laboratoires du monde entier, les scientifiques s’affairent de toute urgence à évaluer la menace que représente le variant Omicron, notamment en raison du fait que celui-ci présente de nombreuses mutations, comme l’ont récemment établi des chercheurs sud-africains. L’Organisation mondiale de la santé a qualifié ce variant de « préoccupant ». Il suscite désormais une grande inquiétude dans le monde entier.

Partout dans le monde, les mêmes questions essentielles se posent : ce nouveau variant est-il plus transmissible que les précédents? Peut-il entraîner davantage d'hospitalisations et de décès? Les vaccins seront-ils efficaces contre lui?

Au Canada, une grande partie du travail visant à trouver des réponses à ces questions pressantes est effectué par un réseau national dirigé par le Dr Marc-André Langlois, virologue moléculaire à la Faculté de médecine de l’Université d’Ottawa et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en virologie moléculaire et immunité intrinsèque.

Le Dr Langlois est le directeur général du Réseau de l'intervention de recherche rapide sur les variants du coronavirus {CoVaRR-Net en anglais}, qui regroupe des chercheurs universitaires de premier plan au sein de neuf équipes interdisciplinaires. Des experts de l'Université d'Ottawa, de l'Université de Toronto, de l'Université McGill et de nombreuses autres institutions canadiennes font partie de ce réseau dont le Dr Langlois est le fer de lance. Le réseau a été créé afin de fournir des conseils aux décideurs canadiens et d'assurer une intervention rapide et coordonnée pour améliorer la recherche et la réponse à la menace que représentent les variants du coronavirus.

Dans une entrevue datée du 29 novembre, le Dr Langlois a déclaré que les chercheurs de CoVaRR-Net ont défini leur plan directeur quant à la façon d’aborder l’analyse des diverses caractéristiques du variant Omicron, dont un éventail inquiétant de mutations uniques sur la protéine de spicule, cette dernière étant la protéine dont se sert le coronavirus pour se fixer aux cellules humaines.

« Les caractéristiques de ce nouveau variant que nous souhaitons d’abord examiner sont sa sensibilité aux anticorps des personnes qui ont été vaccinées ou précédemment infectées. Notre principal objectif à ce stade précoce de l’analyse est clair : avoir une idée de la capacité de résistance du virus » affirme le Dr Langlois.

Pour ce travail d’analyse, les chercheurs du réseau utilisent une biobanque d’échantillons de sang qu’ils ont constituée plus tôt cette année. Cette biobanque contient des échantillons de sang provenant de personnes qui ont été infectées par la COVID-19 et des échantillons d’anticorps provenant de personnes vaccinées.

Au moment d’écrire ces lignes, les équipes du réseau ont été mobilisées pour travailler sur des expériences menées en parallèle, afin de maximiser leurs chances de réussite, selon le Dr Langlois. Lui et ses collègues en recherche sont également en contact étroit avec des responsables gouvernementaux qui suivent de près, jour après jour, les progrès du variant.

Il faudra un certain temps pour mesurer toutes les conséquences que le variant Omicron et toutes ses mutations génétiques pourraient engendrer. Néanmoins, selon le Dr Langlois, tout porte à croire que ce variant se révélera plus transmissible que les précédents, y compris le dernier qui avait été jusqu’ici identifié, le variant Delta.

« Ce nouveau variant présente un plus grand nombre de mutations que tout autre variant. Nous savons, grâce à des études antérieures et aux analyses effectuées pour d’autres variants, que le variant Omicron a muté sur un plus grand nombre de sites qui sont associés à la liaison des anticorps neutralisants », explique-t-il. « Par conséquent, si le nombre de mutations est plus élevé, on peut s'attendre à ce que ce virus soit plus difficile à neutraliser. »

Pour autant, cela ne signifie pas nécessairement que ce variant est plus pathogène que les autres.

« Il pourrait être plus transmissible, mais nous ne savons pas encore s’il rendra les gens plus malades et causera une maladie plus grave », précise le Dr Langlois, professeur titulaire au Département de biochimie, de microbiologie et d’immunologie de l’Université d’Ottawa.

Lorsque les chercheurs du réseau CoVaRR-Net auront évalué l'efficacité des anticorps à neutraliser le virus, le Dr Langlois indique qu'ils poursuivront leurs expériences. Celles-ci comprendront des études biochimiques et des examens de la manière dont les lymphocytes T, des cellules immunitaires essentielles pour prévenir l'aggravation des infections, reconnaîtront ce variant aux mutations à ce point nombreuses que certains chercheurs mondiaux le surnomment « Frankenstein. »

Ces travaux, dans toutes leurs composantes, permettront d'obtenir des informations sur la manière dont le variant Omicron se propage et contamine. À mesure que le nombre d'infections augmentera et que les scientifiques disposeront d'échantillons plus importants dans différentes catégories démographiques, on pourra se faire une idée plus précise de la situation.

« L’augmentation du nombre d’infections permettra malheureusement de déterminer la gravité de ce virus », affirme le Dr Langlois. « Nous nous pencherons sur les personnes qui seront infectées et leur statut vaccinal. »

Le variant Omicron s’est manifesté à peu près au même moment où les responsables en santé publique du Canada ont commencé à administrer le vaccin contre la COVID-19 de Pfizer-BioNTech aux enfants âgés de 5 à 11 ans. Le Dr Langlois insiste sur l’importance de faire vacciner les enfants, indépendamment de l’émergence du variant Omicron.

« D'après toutes les données dont on dispose jusqu'à présent, les vaccins à ARNm sont très sûrs et très efficaces. Pour la vaste majorité des enfants, aucun motif ne s'oppose à la vaccination. C'est un outil essentiel pour surmonter cette pandémie et pousser le virus à devenir endémique », ajoute-t-il.

Plus tôt cette année, CoVaRR-Net a reçu un financement de 9 millions de dollars des Instituts de recherche en santé du Canada. Le Dr Langlois et son équipe collaborent avec le Laboratoire national de microbiologie (LNM) de l’Agence de santé publique du Canada, le Réseau canadien de génomique COVID-19 (RCanGéCO), les laboratoires de santé publique provinciaux et territoriaux et d’autres organismes nationaux et internationaux.

Photo du Dr Marc-André Langlois

Dr Marc-Andre Langlois

 

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