Le 22 mars 1997

Posted on Friday, March 5, 2021

Le 19 février 1997

C’est aujourd’hui la date limite pour soumettre mes choix de sites pour ma future résidence. Eh oui, 1997, je vais finalement obtenir mon diplôme de médecine, en mai prochain. Ensuite, je devrai commencer ma formation en résidence de médecine familiale, ma profession choisie. Mon choix est solide : Ottawa, Sudbury, Kingston, etc. Je suis déçue par la décision d’Ottawa de jumeler ces trois programmes, soit Montfort, Civic et Bruyère. Mon premier choix est certainement Montfort, les deux autres étant plus aux cinquième et huitième rangs de mes préférences. Mais ils ne font maintenant plus qu’un pour le processus CaRMS. Frustrant ! Mais bon, croisons-nous les doigts que Montfort veuille de moi…

 

Le 24 février 1997

Je suis en stage de néo-natalité, à l’Hôpital Général d’Ottawa. Il est 11 h 10. Une infirmière, anglophone, entre pour rapporter la décision de la Commission de restructuration des services de santé de l’Ontario : « General open, Civic open, Grace closed, Riverside closed, Montfort closed ». Toutes les personnes présentes dans la salle lâchent un cri de joie… Sauf moi… et les trois ou quatre bébés prématurés. Elle a dit « Montfort closed » ? Vraiment ? Je suis en état de choc. Je remarque que, du huitième étage de l’Hôpital Général, on peut voir Montfort, au loin, sur ce qui semble être une petite colline. Comment quitter cette salle si froide, remplie d’un brouhaha joyeux qui me blesse tant ? Je ne sais pas comment, mais je réussis à quitter la pièce après ce qui me semble une éternité et à trouver une toilette pour me cacher. La boule dans mon estomac s’est transformée en un goût des plus amers dans ma bouche. Je vomis. Puis, je me retrouve dans une minuscule salle d’attente, au téléphone avec ma mère. Nous pleurons toutes les deux, à peine capables de prononcer un mot. Montfort fermé ? Personne n’avait prévu le coup. Comment peuvent-ils fermer Montfort ? Sur l’heure du dîner, je me rends au pavillon Roger-Guindon, au Bureau des Affaires francophones (BAF) de la Faculté de médecine. Le silence total y règne. La réceptionniste m’indique que Louise Nadeau, la gestionnaire, est la seule personne présente, et qu’elle refuse toute visite. J’insiste en silence et j’entrouvre la porte de son bureau. Dos à moi, Louise s’agite à replacer des dossiers, par des mouvements saccadés. Elle est enragée, c’est évident. Je pose la tête sur le cadre de porte, les larmes aux yeux. Au bout d’un moment, elle m’aperçoit. Sa colère laisse immédiatement place à une tristesse indicible. Elle pose sur moi un regard de compréhension si profond… En quelques secondes, elle saisit l’immense poids de mon désarroi le plus profond. Toute sa carrière était vouée au succès d’étudiants comme moi…

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